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Sommaire

FrançaisModifier

ÉtymologieModifier

(1468) Du latin libertinus (« d’affranchi »), il est passé du sens de « d’homme libre » à celui de « de mœurs très libre ».

Adjectif Modifier

Singulier Pluriel
Masculin libertin
\li.bɛʁ.tɛ̃\
libertins
\li.bɛʁ.tɛ̃\
Féminin libertine
\li.bɛʁ.tin\
libertines
\li.bɛʁ.tin\

libertin \li.bɛʁ.tɛ̃\

  1. Qui est déréglé dans ses mœurs, dans sa conduite.
    • Je ne trouvai point de jeunes gens qui me pervertissent. Je devins polisson, mais non libertin. — (Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, Livre II)
    • Il était indompté, mais non libertin.
      Sa mine d’adolescent large et fort était fière et un peu sauvage. Dans son village, on était à l’abri des contagions malsaines, des dépravations précoces des étiolés de la ville.
      — (Pierre Loti, Le Roman d’un spahi, 1881)
  2. (Par extension) Licencieux, voluptueux, invitant au plaisir.
    • Des contes libertins, des contes licencieux.
    • Des gravures du XVIIIe siècle, plus que libertines, presque obscènes. — (Mirbeau)
    • Petit guide du Toulouse libertin.
    • Un buffet dînatoire aux à-côtés libertins.
    • Cette jambe était déjà, pour Samuel, l’objet d’un éternel désir. Longue, fine, forte, grasse et nerveuse à la fois, elle avait toute la correction du beau et tout l’attrait libertin du joli. — (Charles Baudelaire, La Fanfarlo, 1847 ; Gallimard, 2012, collection Folio, page 53.)
  3. Qui se conduit sans règle précise, vagabond, anarchique, indiscipliné.
    • Son imagination libertine l’écarte sans cesse du sujet.
    • Humeur libertine.
    • Cet homme mène une vie libertine, sa conduite est déréglée.

SynonymesModifier

DérivésModifier

TraductionsModifier

Nom commun Modifier

Singulier Pluriel
libertin libertins
\li.bɛʁ.tɛ̃\

libertin \li.bɛʁ.tɛ̃\ masculin (équivalent féminin : libertine)

  1. (Histoire) Personne qui s’écarte volontairement des règles imposées par la morale de son temps et de son milieu.
    • Il y a plus : non-seulement ce libertin abandonne sa foi sans raison , mais ce qui doit vous paraître plus étrange, il l'abandonne contre la raison, et malgré la raison ; […]. — (« Sermon pour le mercredi de la première semaine : Sur la religion chrétienne », dans les Œuvres de Bourdaloue, tome 1 (Avent - Carême - Dominicales), chez Firmin Didot frères, fils & Cie, 1865, p. 217)
    • Quel est le grand reproche que les prédicateurs du XVIIe siècle adressent aux libertins ? C’est d’avoir embrassé ce qu’ils désiraient, c’est d’être arrivés aux opinions irréligieuses parce qu’ils avaient envie qu’elles fussent vraies. — (Ernest Renan, Souvenirs d’enfance et de jeunesse, 1883, collection Folio, page 170.)
    • Depuis 1661 (…) jusqu’à sa mort, en 1703, Saint-Évremond ne connut guère d’autre occupation que d’être libertin : aussi eut-il le temps de devenir le libertin type, le libertin par excellence. (…) Il ne trouvait point de science qui touchât les honnêtes gens, hors la morale, la politique et les belles-lettres : attitude rétrograde à une époque où la science allait soutenir et compléter l’œuvre de la philosophie ; où celui qui restait en dehors de la science, risquait de rester en marge de la vie. (…) Il était épicurien, estimant que, de toutes les opinions des philosophes concernant le souverain bien, il n’y en a point qui paraisse aussi raisonnable que celle d’Épicure. Il voulait vivre selon la nature, et si, à vrai dire, il ne savait pas très bien ce que c’était que cette nature, il s’entendait à merveille à vivre douillettement. — (Paul Hazard, La Crise de la conscience européenne, 1935)
    • Le libertin (du latin libertinus, « affranchi »), avant d’être un jouisseur, est un libre penseur, un homme qui s’est émancipé de la tradition, de toutes les idées reçues, un individu qui exerce souverainement son libre-arbitre, en réévaluant tous les savoirs à l’aune de sa propre raison. — (Olivia Gazalé, Je t’aime à la philo, Robert Laffont, Paris, 2012, p. 172)
  2. Personne versée dans les plaisirs raffinés, bravant les conventions et les pratiques de son milieu.
    • Le libertin n'est pas un pervers mais un savant. Le pervers jouit d'une transgression dont il ignore tous les rouages ; il sait qu'il jouit, et comment jouir, mais il ne sait pas en quoi sa perversion en est une ; le libertin ne sait jamais définitivement comment, mais pourquoi il jouit, et pourquoi l'autre lui fait obstacle; ainsi est-il sans cesse en quête d'autres plaisirs, et ne les décèle-t-il qu'après les avoir expérimentés ; il ne sait jamais d’avance ce qui va le faire jouir, sinon qu'il doit s'agir d'une transgression ; le pervers répète et se fige, le libertin cherche, expérimente, imagine, invente et évolue — […]. — (L'Infini, n° 37-40, Éditions Gallimard, 1992, p. 103)
    • Manon n’ avait jamais été une fille impie. Je n’étais pas non plus de ces libertins outrés, qui font gloire d’ajouter l’irréligion à la dépravation des mœurs. L’ amour et la jeunesse avaient causé tous nos désordres. — (Prévost, Manon Lescaut, 1731)
    • L’exigence du libertin qui veut une virginité est encore une forme de l’éternel hommage que rend l’amour à l’innocence. — (Proust, Les Plaisirs et les jours, 1896)
  3. Personne qui recherche le plaisir avec de multiples partenaires, sans entretenir de relation amoureuse, ni engager ses sentiments.
    • Vous ne connaissez pas cet homme ; où auriez-vous pris l’idée de l’âme d’un libertin ? vous me parlez de sa rare candeur : oh ! oui ; la candeur de Valmont doit être en effet très rare. Encore plus faux et dangereux qu’il n’est aimable et séduisant, jamais, depuis sa plus grande jeunesse, il n’a fait un pas ou dit une parole sans avoir un projet, et jamais il n’eut un projet qui ne fût malhonnête ou criminel. — (Laclos, Les Liaisons dangereuses, Lettre 9, 1782)
    • Après avoir subi le dégradant plaisir d’un véritable monstre, un libertin jeune, elle éprouvait tant de douceur à se promener dans les régions fleuries de l’amour, que c’était sans doute un charme pour elle d’en admirer tous les aspects, d’en écouter longtemps les frémissements, et de se laisser longtemps caresser par de chastes brises. Le véritable amour payait pour le mauvais. — (Balzac, Le Père Goriot, 1835)
    • Les libertins, ces gens que la nature a doués de la faculté précieuse d’aimer au-delà des limites qu’elle fixe à l’amour, n’ont presque jamais leur âge. — (Balzac, La Cousine Bette, 1846)
    • Depuis le jour où Pécuchet avait observé la petite bonne tirant de l’eau il lui parlait plus souvent ; (…) Il en avait les fièvres et les langueurs, – et était persécuté par le souvenir de Mme Castillon, étreignant Gorju.
      Il questionna Bouvard sur la manière dont les libertins s’y prennent pour avoir des femmes.
      — (Flaubert, Bouvard et Pécuchet, 1881)

SynonymesModifier

TraductionsModifier

Voir aussiModifier

  • libertin sur l’encyclopédie Wikipédia  

RéférencesModifier