FrançaisModifier

ÉtymologieModifier

L’étymologie de ce nom demeure encore discutée.
(début XVe siècle) L’étymologie la plus courante le fait composé probablement, sous l’influence de ripaille, du radical -pop-, évoquant le bruit des lèvres de quelqu’un qui sirote un liquide[1], dérivé du radical expressif du verbe latin papare (« manger »), et de -ée, suffixe verbal servant à former un substantif.
Une seconde étymologie, beaucoup plus récente, propose un étymon latin, ripopatum, sous-entendant vinum (« vin »), qui serait le fruit de la particule réduplicative re- transformée en ri- et du participe popatum, dérivé de popa qui donne par ailleurs popina (« cabaret »)[2].
Le terme apparaît au XVe siècle sous l’orthographe rippopé[1], sous celle de ripaupé en 1526 [3] et est enregistré par l’Académie française dans son premier dictionnaire (1694) sous la forme ripopé. Initialement son genre est masculin mais il est reconnu comme féminin à partir du cinquième dictionnaire de l’Académie (1798), même si cet usage y est bien antérieur comme le signale déjà Jean-François Féraud[4] et s’en étonne Rousseau dans sa Lettre à Mgr Guyot de Merville[5].

Nom commun Modifier

Singulier Pluriel
ripopée ripopées
\ʁi.pɔ.pe\
 
Mélasse, appelée jadis « ripopée » en Beauce. (3)
 
« Il traita mon ouvrage de ripopée (4). » (Benvenuto Cellini traduit par Maurice Beaufreton en 1922) Voir exemple

ripopée \ʁi.pɔ.pe\ féminin

  1. (Vieilli) (Populaire) (Péjoratif) Mélange que les cabaretiers font des différents restes de vins.
    • Il n’étoit pas d’un goût plus délicat pour sa boisson. Le Bourgogne & les meilleurs vins de France lui faisoient mal au cœur. Il lui falloit de cette ripopée qui pique & gratte le gosier, dont les crocheteurs s’enivrent. — (Margot la ravaudeuse, Louis-Charles Fougeret de Monbron, éditeur à Hambourg, 1750/53, p. 132)
    • [Les soldats] crient contre les vivandiers qui, ni plus ni moins que les épiciers de Paris, fabriquent eux-mêmes le brant de vin avec du bouillon de canard et du poivre long et qui leur font payer encore cette ripopée plus chère que leur meilleur sacré chien. — (extrait du Père Duchesne, n°311, 1793, dans Biard, Parlez-vous sans-culotte : dictionnaire du père Duchesne, 1790-1794, éditions Tallandier, 2009, page 86)
    • En fait de nutriment et de breuvage artistiques, on ne lui sert [au peuple] sous couvert de religion, que de la ratatouille de cantine et de la ripopée. — (Joris-Karl Huysmans, Les Foules de Lourdes, éditions Plon, 1906, page 98)
  2. (Par extension) Mélange de différentes liqueurs, sauces ou produits.
    • […] l’autre [un compagnon chirurgien], après boire, tâte le pouls du malade, fait tirer la langue […] défait les boucles de ses arçons, en tire du camphre, de l’émétique, du séné et du quinquina, et dans le grand verre de la famille fait une ripopée d’autant mieux payée, qu’elle sera plus abondante, plus chargée et plus pesante. — (Archives générales de médecine, volume 22, chapitre Variétés, éditions Béchet et Migneret, 1830, page 885)
    • Pour ma part, je dîne en robe de chambre et je dois me contenter des quelques pitoyables ripopées prescrites par mon médecin. — (E. Braddon, Le Locataire de sir Gaspard, traduit par Charles Bernard Derosne, tome 1, chapitre III, Hachette, 1868, page 49)
    • L’aréopage goûta le potage. Les conseillers, d’un commun accord, reconnurent que la ripopée (car ils disaient « ripopée ») était nourrissante, qu’elle devait être saine… — (Charles Lemercier de Longpré, baron d’Haussez et Marguerite Guignard de Saint-Priest, duchesse d’Almazan, Mémoires du Baron d’Haussez, dernier ministre de la marine sous la Restauration, volume 1, éditions Calmann Lévy, 1896, page 114)
    • De temps en temps, une châtaigne éclatait sur le fourneau et faisait sursauter ma mère, qui surveillait sa ripopée en rêvant. — (Louis Guilloux, Le Pain des Rêves, Folio, 1942, page 27, réédition Folio, 2008, page 35)
    • Bar rôti avec une ripopée de bœuf, patates douces et gouda truffé […] — (Le Petit Futé, Saint-Étienne 2009, 2008, page 349)
  3. (Beauce) (Désuet) Mélasse, résidu du sucre après son extraction et sa cristallisation.
    • Quand le fermier se fut assis, sans répondre, la Cognette parla de soigner la rôtie. C’étaient des tranches de pain grillées, cassées ensuite dans une soupière, puis arrosées de vin, qu’on sucrait avec la ripopée, l’ancien mot qui désigne la mélasse en Beauce. — (Émile Zola, La Terre, deuxième partie, chapitre I)
  4. (Vieilli) (Sens figuré) (Péjoratif) Mélange de choses disparates, et en particulier, ouvrage composé d’idées communes, incohérentes ou mal coordonnées entre elles.
    • Paris, ce tripot éternel où les femmes font des ripopées de jeu et de coquetterie. — (Delosme de Montchesnay, Mezzetin Grand Sophy de Perse, scène de M. Grognard (II, 381), 1689, cité dans W. John Kirkness, Le Français du Théâtre italien, Droz, 1971, page 234)
    • Quant aux vers, élégie, épitre, ode, épopée,
      C’était bien la plus orde et fade ripopée
      Qu’on pût s’administrer comme soporatif. — (Amédée Pommier, Crâneries et dettes de cœur, éditions Dolin, 1842, page 133)
    • Vous me demandez mon avis sur le discours de M. Gaillard ? Celui de M. de Beauvau est, sans nulle prévention, celui de tous qui m’a plu davantage. Pour ceux de l’abbé de Voisenon, on n’en peut pas parler ; c’est de la ripopée. — (Madame du Deffand et Louis de Sainte-Aulaire, Lettre de 1771 de la Duchesse de Choiseul, Correspondance inédite de Mme du Deffand, vol. 1, Michel Lévy frères, 1859, p. 309, § 2)
    • Puis, il retomba dans son admiration devant Mes-Bottes. Était-il assez suiffard, l’animal ! Un vrai propriétaire ; du linge blanc et des escarpins un peu chouettes ! Fichtre ! ce n’était pas de la ripopée ! En voilà un au moins dont la bourgeoise menait bien la barque ! — (Émile Zola, L’Assommoir, éditions Charpentier, 1879, page 523, § 3)
    • Aussitôt après le départ de Votre Sainteté, il [le cardinal Salviati] m’appela, et, dès que je fus devant lui, il traita mon ouvrage de ripopée et me menaça de me le faire finir sur une galère. — (Benvenuto Cellini, Vie de Benvenuto Cellini écrite par lui-même, traduction Maurice Beaufreton, éditions G. Crès, 1922, page 178)
    • Est-ce Béotisme des lecteurs, qui ne goûtent que les rimes de cantine et la ripopée des banalités vulgaires ?[…] Toujours est-il que l’affinité manque entre le prosaïsme grossier de notre public démocratique et l’inspiration désintéressée de l’art pur ? — (Henri-Frédéric Amiel, Journal intime, éd. L’Âge d’homme, 1993, page 69)
    • Entre devins est annoncé comme roman sur la couverture, puis comme ripopée sur la page de titre. Ça commence bien. On n’en est pas à la première page que déjà on nous égare. — (Éveline Pieilier, « Michel Ohl Entre devins J.-C. Lattès », La Quinzaine littéraire, éditions Maurice Nadeau, 1982, page 8)
  5. (Sens figuré) (Péjoratif) (Désuet) Insulte équivalant à canaille[6], raclure.
    • Tous ces gens-là, c’est de la ripopée. — (Hippolyte François Jaubert, Usage figuré du haut Berry, Glossaire du centre de la France, 1855 [6])
    • Lorsque la reine d’Angleterre (la femme de Jacques II) allait à Marly et qu’elle faisait des promenades à pied avec Louis XIV, la reine et la princesse d’Angleterre, la Dauphine et les princesses allaient avec le roi, et, grâce à son ennemie intime Mme de Maintenon, Madame [la Princesse Palatine] était la seule qu’on renvoyât. Aussi que de colère s’amassait dans son cœur contre cette vieille, ce méchant diable, cette ripopée, cette ratatinée de Maintenon ! — (Abraham-Auguste Rolland, Introduction des Lettres inédites de la Princesse Palatine, traduction d’A.-A. Rolland, éditions Hetzel, 1863, page VII)

Variantes orthographiquesModifier

Apparentés étymologiquesModifier

SynonymesModifier

Mauvais vin issu d’un mélange de plusieurs restes de vin
Mélange de sauces, liqueurs ou produits
Mélasse
Mélange de choses disparates, particulièrement ouvrage composé d’idées mal coordonnées entre elles
Insulte

TraductionsModifier

PrononciationModifier

RéférencesModifier

  1. a et b « ripopée », dans TLFi, Le Trésor de la langue française informatisé, 1971–1994 → consulter cet ouvrage
  2. Louis-Nicolas Bescherelle (dit Bescherelle aîné), Dictionnaire national, ou dictionnaire universel de la langue française, 1856, quatrième édition, en deux tomes → consulter le tome I (A-F) ou le tome II (G-Z)
  3. Gilles Ménage et Augustin François Jault, Dictionnaire étymologique de la Langue françoise, volume 2, éditions Briasson, 1694 et 1750, « page 409 » (ArchiveWikiwixQue faire ?). Consulté le 2013-03-20. Citant notamment l’utilisation de ripaupé par Charles de Bourdigné, auteur de La Légende de Pierre Faifeu en 1526.
  4. Dictionnaire grammatical de la langue françoise, volume 2, éditeur Delalain, 1788, « page 421 » (ArchiveWikiwixQue faire ?). Consulté le 2013-03-20
  5. Jean-Jacques Rousseau, Correspondance, « Lettre XXVIII » (ArchiveWikiwixQue faire ?). Consulté le 2013-03-20, à Bruxelles, 11 juillet 1729
  6. a b et c Hippolyte François Jaubert, Glossaire du centre de la France, 1855, page 277
  7. Charles Pierre Girault-Duvivier, Grammaire des grammaires, ou analyse raisonnée des meilleurs traités sur la langue françoise, éditeur Le Normand, Paris, 1812, « page 465 » (ArchiveWikiwixQue faire ?). Consulté le 2013-03-20
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