Étymologie

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(1651)[1] En ancien français roissier[1][2], ruster, rusteier (« rudoyer »)[3], du latin populaire *rustiare (« battre »), lui-même issu de *rustia (« gaule ») ; comparer avec l’espagnol rustir.
Littré[2] l’apparente à rosse, au provençal rossegar, arossar avec le sens de « frapper comme une rosse, comme un cheval ».

rosser \ʁɔ.se\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. (Familier) Battre quelqu’un violemment, le rouer de coups.
    • Peuple, songe bien que si par ta faute et par défaut de courage il arrivoit qu'on te foutît sec sur la gueule , tu serois esclave et soumis à tous les caprices de celui qui t’auroit rossé comme un jeanfoutre. — (Sixième lettre bougrement patriotique du véritable Père Duchêne, Paris : Imprimerie de Chalon, 1790, page 7)
    • Pierre. – Aidez-moi, mes amis ; rossons cette canaille. — (Alfred de Musset, Lorenzaccio, 1834, acte III, scène 3)
    • M. Bergougnard m’apprenait, me montrait dans les textes, me prouvait, livre en main, que les philosophes de la vieille Grèce et de Rome battaient leurs fils à tour de bras ; il rossait les siens au nom de Sparte et de Rome, — Sparte les jours de gifles, et Rome les jours de fessées. — (Jules Vallès, L’Enfant, G. Charpentier, 1889)
    • Les ouvriers souffleurs, ou maîtres, avaient gardé, […], le noble droit de rosser leurs aides ou tiseurs. — (Gustave Fraipont; Les Vosges, 1895, réédition 1923)
    • Des envies folles lui venaient de rosser Blanchette à coups de trique ; mais cela ne changerait rien à la situation, et, furibond il sacrait comme un païen pour se soulager un peu. — (Louis Pergaud, L’Argument décisif, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
  2. (Familier) Battre à plate couture ; vaincre.
    • — L’Autriche rossée à Castiglione, à Marengo, à Austerlitz, à Wagram ! la Prusse rossée à Eylau, à Iéna, à Lutzen ! la Russie rossée à Friedland, à Smolensk, à la Moskowa ! l’Espagne, l’Angleterre rossées partout ! la terre entière rossée, rossée de haut en bas, de long en large !… Et, aujourd’hui, c’est nous qui serions rossés ! Pourquoi ? comment ? On aurait donc changé le monde ? — (Émile Zola, La Débâcle, 1892)
    • — On a rossé les Prussiens, rossé à ne leur laisser ni ailes ni pattes, rossé à en balayer les miettes ! — (Émile Zola, La Débâcle, 1892)
    • On serait amené, en effet, à se demander si […] les anarchistes et les partisans de la grève générale représen­teraient aujourd’hui l’esprit des guerriers révolutionnaires qui rossèrent, si copieusement et contre toutes les règles de l’art, les belles armées de la coalition. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chapitre VII, La morale des producteurs, 1908, page 353)
    • J’ai un jeu d’échecs électronique depuis deux jours. Il me rosse de la façon la plus humiliante sans que j’en ressente le moindre dépit. Alors que je haïrais vigoureusement l’adversaire humain qui me battrait de la sorte. — (Michel Tournier, Journal extime, 2002, Gallimard, collection Folio, pages 89-90)

Synonymes

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Dérivés

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Traductions

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Prononciation

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Références

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  1. a et b « rosser », dans TLFi, Le Trésor de la langue française informatisé, 1971–1994 → consulter cet ouvrage
  2. a et b « rosser », dans Émile LittréDictionnaire de la langue française, 1872–1877 → consulter cet ouvrage
  3. Frédéric GodefroyDictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, édition de F. Vieweg, Paris, 1881–1902 → consulter cet ouvrage (ruster)