FrançaisModifier

ÉtymologieModifier

(Verbe 1) De l’ancien français crisner[1], à rattacher au vieux-francique *kriskjan → voir grincer et grincher.
(Verbe 2) Dénominal de crisse.

Verbe 1 Modifier

crisser \kʁi.se\ intransitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Produire, en se contractant, une sorte de grincement, surtout en parlant de dents ou de pneus.
    • Un piétinement de souliers, puis des chaises dérangées qui crissèrent sur les dalles l’interrompirent. — (Joris-Karl Huysmans, En route, 1895)
    • La main droite était ramassée comme un petit chariot de chair, et elle avançait, laissant derrière elle un sillon ourlé ; et crissant, crissant, l’aiguille dardait sa langue d’acier, plongeait et émergeait, tirant le long fil par son œil d’or. — (Marcel Schwob, Le Livre de Monelle, Mercure de France, 1895)
    • Geoffrain ralentissait, attentif, par un souci d’harmonie, à ne pas faire crisser les pneus dans les courbes. — (Albert Simonin, Une balle dans le canon, Série noire, Gallimard, 1958, page 230)
    • Ils doivent aimer sentir l’étoffe crisser entre leurs doigts polissons lorsque, vous prenant dans leurs bras, ils vous coquinent. Ah! les bras des hommes! — (Claude Seignolle, Un corbeau de toutes couleurs, Paris : Éditions Denoël, 1962, page 193)
    • La queue du cortège en était encore au carrefour quand les roues du corbillard commencèrent à faire crisser le gravillon du cimetière. — (Hervé Bazin, Chapeau bas, Seuil, 1963, Le Livre de Poche, page 39)
    • Des pas légers firent crisser le gravier du jardin. — (Joseph Kessel, L’équipage, Gallimard, 1969, page 178)
  2. Produire un cricri, en parlant du grillon.
    • Le grillon crisse.
    • Quelques oiseaux prenaient leur bain de poussière quotidien sur le sentier qu’ils suivaient, mais le reste de la faune demeurait invisible. Seuls les insectes crissaient avec une arrogance appliquée. — (Claire-Lise Marguier, Le Trône du prince, Rouergue, 2015, page 71)

DérivésModifier

TraductionsModifier

Verbe 2Modifier

crisser \kʁi.se\ transitif ou pronominal 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se crisser)

  1. (Québec) Envoyer, jeter, rejeter.
    • À onze heures et quart
      M’as les crisser dehors
      M’as sauter dans mon char
      M’as descendre à Val-d’Or.
      — (Richard Desjardins, chanson Le bon gars, album Tu m’aimes-tu?, 1990)
    • Elle a crissé l’assiette par terre.
    • Je vais lui crisser une claque dans face.
  2. (Québec) Mettre, donner, envoyer, jeter, rejeter, d’une façon hostile et violente.
    • Durant ces réunions de comptoir, DuLaurier refaisait le monde de l’ouvrage, « crissait une claque dans la face » d’un ou deux politiciens, promettait que l’année prochaine, on s’agrandirait et embaucherait, puis laissait ses deux fils se moquer gentiment de la petite Honda qu’ils m’avaient rétrocédée : « Elle est cosy et y a de la place dedans, à condition de pas porter de montre. » — (Jean-Paul Dubois, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, éditions de l’Olivier, 2019)
  3. (Pronominal) (Québec) Se foutre, se ficher de quelque chose.
    • Pourtant, n’importe quelle personne qui prend le métro régulièrement ne peut se dire qu’une seule chose : « on s’en crisse de vos petits bonhommes qui nous disent comment vivre, on veut juste un système qui marche ben! » — (Montréal, ville dépressionniste, Moult Éditions, Montréal, 2017, page 173)
    • Au Québec, on se fout des vieux.
      Non, on ne s’en fout pas : on s’en crisse.
      On traite les vieux comme on traite notre histoire, notre patrimoine et notre passé.
      — (Richard Martineau, Où étaient les enfants des aînés maltraités?, Le Journal de Québec, 11 février 2021)

DérivésModifier

PrononciationModifier

Voir aussiModifier

RéférencesModifier