FrançaisModifier

ÉtymologieModifier

Le terme a supplanté à partir du XIIe siècle la forme régulière maugré, bien attestée en ancien et moyen français, vieillie à partir du XVIIe siècle.
Composé de l’adjectif mal et du nom gré, du latin gratus : reconnaissant, agréable.

Préposition Modifier

malgré \mal.ɡʁe\

  1. Contre le vouloir de quelqu’un, contre le gré de.
    • Cette muraille est à portée d’arbalète des tours 11, 12 et 40 et est commandée par celles-ci. Il était donc fort difficile d’arriver, en descendant la rive droite de l’Aude, jusqu’à la barbacane, malgré la garnison de la cité. — (Eugène Viollet-le-Duc, La Cité de Carcassonne, 1888)
  2. En dépit d’un objet faisant obstacle ou contrariant l’action.
    • Avant-hier il a plu toute la journée, mais le soir, malgré le ciel couvert, tout le monde guettait anxieusement l’apparition de la lune nouvelle. — (Frédéric Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc : étude géographique de la région parcourue, Paris : Ernest Leroux, 1904, page 131)
    • L’idée d’une sépulture intentionnelle est donc d’emblée refusée, malgré la présence d’une vingtaine de cyprées d’origine méditerranéenne disposées par paire à divers endroits du corps, […]. — (Marc Groenen, Pour une histoire de la préhistoire: le Paléolithique, Éditions Jérôme Millon, 1994, page 227)
    • Il disait que malgré les arbres, malgré les villes et les villages, malgré les côtes, les esquifs et le sombre, un homme mourant en mer pouvait voir sa clarté. — (Sorj Chalandon, Une promesse, Éditions Le Livre de Poche, 2008, ISBN 978-2-2531-2114-5, page 114)
  3. En dépit d’une considération abstraite susceptible d’en modifier l’appréciation.
    • Le climat arctique n’est pas le même que le climat alpin malgré certaines analogies qui sont indiscutables (enneigement, courte période de végétation, température moyenne basse). — (Henri Gaussen, Géographie des Plantes, Armand Colin, 1933, page 143)
    • Le 15 avril, comme on meurt toujours malgré les déclarations encourageantes du corps médical et de la presse, on triture les chiffres pour trouver des raisons d’espérer. — (Ange-Pierre Leca, Et le choléra s’abattit sur Paris - 1832, Albin Michel, 1982, page 101)
    • L'héritière médiévale, malgré la fidélité aux sources antiques dont elle se réclame, malgré une connaissance minutieuse des agronomies orientale et byzantine contemporaines, s'avère plus expérimentale et libre de superstitions. — (Lucie Bolens, Agronomes andalous du Moyen-Age, Librairie Droz, 1981, p. 219)

SynonymesModifier

NotesModifier

Malgré introduit toujours un objet (un groupe nominal), que l’action contrarie ou qui contrarie l’action. Lorsque cet objet est un fait, décrit par une subordonnée, la construction correcte est alors « malgré le fait que » (normalement suivi de l'indicatif) :
  • Mais destituer des citoyens irréprochables parce qu’ils ont émis leurs idées […], et 'malgré le fait qu’’ils ont explicitement recommandé à la population de ne recourir pour aucune considération à des moyens violents ; voilà ce qui est totalement inexcusable, — (Louis-Antoine Dessaulles, Six lectures sur l’annexion du Canada aux États-Unis, 1851)
Par ellipse, on peut rencontrer dans ce sens la locution conjonctive malgré que, toujours suivie du subjonctif.

DérivésModifier

TraductionsModifier

Nom commun Modifier

malgré \mal.ɡʁe\ masculin

  1. (Archaïsme) (Soutenu) Mauvais consentement, peine à admettre. Note : Dans ce sens, malgré ne s’emploie plus que dans la construction figée de la forme « malgré que j’en aie », qui est l’équivalent de « si mauvais consentement que j’aie de ça », ou « si pénible que ce soit pour moi de l’admettre ».
    • Silvia, à part.— Mais, en vérité, voilà un garçon qui me surprend, malgré que j’en aie… (Haut.) Dis-moi, qui es-tu, toi qui me parles ainsi ? — (Marivaux, Le Jeu de l’amour et du hasard, 1730)
    • Ils oubliaient qu’ils avaient devant eux une dame de 1924 et qu’elle leur dévoilait sans honte l’élégance de son académie, parce qu’ils étaient, malgré qu’ils en eussent, reportés au temps bienheureux de l’Hellade païenne, aux temps bénis où l’Y.M.C.A. ne distribuait point encore aux disciples de Socrate des tablettes de chocolat enroulées dans des maximes évangéliques. — (Maurice Dekobra, La Madone des sleepings, 1925, réédition Le Livre de Poche, page 46)
    • Et malgré que j’en eusse, je comptais les heures avant de dire adieu à cette compagne blonde que le hasard avait placée malicieusement dans un coin de mon compartiment. — (Maurice Dekobra, La Madone des sleepings, 1925, réédition Le Livre de Poche, page 126)
    • Car sa personnalité, malgré qu’il en ait, transparaît dans son œuvre. — (André Gide, Journal, 30 janvier 1931)
    • Cécilia se retiendra de pleurer pendant toute l’explication qui suit. Je ne suis pas en mesure, mal gré que j’en aie, de relater le discours que j’ai tenu, […] — (Robert Jourda, La personnalité professionnelle : Orientation des jeunes avec l’Analyse C.G.P. et le test C.G.P., L’Harmattan, 2003, page 200)

NotesModifier

  • Cette forme peut être construite avec toutes formes de sujets. Malgré est toujours suivi du pronom relatif que introduisant le sujet, puis du pronom en désignant la proposition principale, précédant le verbe avoir.
Le verbe avoir est normalement au subjonctif, le subjonctif gouverné étant ici concessif ; mais au futur se mettra à l'indicatif futur (malgré qu'il en aura) et peut se mettre au conditionnel.
  • Cette forme ne doit pas être confondue avec la locution conjonctive malgré que, ellipse de malgré le fait que (voir ci-dessous). Dans ce cas, malgré n’est pas une préposition mais le groupe nominal mal gré (cf. bon gré mal gré) – d’où la graphie attestée mal gré que j’en aie.
  • Certains font remarquer qu'on devrait écrire mal gré que et non malgré que, puisque malgré est composé de l'ancien adjectif mal, mauvais, et de gré. Cette graphie retiendrait dans la bonne voie beaucoup de personnes qui, à cause de la soudure, prennent malgré que pour synonyme de quoique. — (Étienne Le Gal, Cent manières d'accommoder le français, Nouvelle librairie française, 1932)
  • L’assimilation à la locution conjonctive a entraîné des constructions parallèles avec d’autres conjonctions concessives :
  • Henno Gui ne répliqua pas, quoi qu’il en ait, mais prit un air fâché. — (Romain Sardou, Pardonnez nos offenses, page 128)
Ces constructions sont considérées comme grammaticalement incorrectes, parce que la conjonction ne peut plus être également interprétée comme le groupe nominal objet du verbe avoir.

Variantes orthographiquesModifier

Vocabulaire apparenté par le sensModifier

PrononciationModifier