maîtresse

Voir aussi : maitresse

FrançaisModifier

ÉtymologieModifier

(XIVe siècle) Du latin magister, ancien français maistresse. Dérivé de maître avec le suffixe -esse.

Nom commun Modifier

Singulier Pluriel
maîtresse maîtresses
\mɛ.tʁɛs\

maîtresse \mɛ.tʁɛs\ féminin (pour un homme, on dit : maître) (orthographe traditionnelle)

  1. Celle qui a un pouvoir de domination sur les êtres ou les choses.
    1. Celle qui a quelqu’un à son service.
    2. Celle qui exerce un pouvoir.
      • Rome fut fondée par des brigands, et Rome n’en devint pas moins la maîtresse du monde ; que cet exemple vous inspire, et faisons pour la Germanie, ce qu’ils firent pour l’univers. — (Jean-Henri-Ferdinand Lamartelière, Robert, chef des brigands, Paris, 1844 (1re éd. 1793), page 77)
    3. Celle qui a la prééminence dans un domaine ou un lieu, qui peut y faire prévaloir son autorité.
      • ou, ce qui reviendroit au même, asservir ses ministres, en ce qui regarde leurs fonctions spirituelles, à la puissance civile, devenue maîtresse dans l’Église, comme elle l’est de droit dans l’état. — (Félicité de La Mennais, De la religion considérée dans ses rapports avec l’ordre politique et civil, 1825, page 105)
      • Debout l’un près de l’autre, comme le maître et la maîtresse de maison, quand les invités arrivent — (Jean Giraudoux, Sodome et Gomorrhe, 1943, page 145)
      • Tout nouveau venu qui entrait dans la gargote disait en voyant la Thénardier : Voilà le maître de la maison. Erreur. Elle n’était même pas maîtresse. Le maître et la maîtresse, c’était le mari. Elle faisait, il créait. Il dirigeait tout par une sorte d’action magnétique invisible et continuelle. — (Victor Hugo, Les Misérables, Émile Testard, Paris, 1890 (1re éd. 1862), page 149)
    4. (Spécialement) Servante(-)maîtresse, servante qui joue le rôle de la maîtresse de maison.
    5. Être sa maîtresse, être maîtresse de soi : être indépendante, avoir la faculté d’agir à sa guise, de disposer librement de soi.
      • Ah ! quand ne serai-je plus reine, pour être ma maîtresse ! — (Eugène Scribe, Le Verre d’eau, Velhagen & Klasing, Bielefeld, 1861, page 33)
      • Annette est libre, elle est maîtresse d’elle-même, et il faut lui plaire — (Honoré de Balzac, Annette et le criminel, 1824, page 111)
      • N’ayant jamais un foyer qui lui appartienne, elle [la femme romaine] n’a rien de ce qui donne l’autorité dans la maison. Jamais elle ne commande ; elle n’est même jamais libre ni maîtresse d’elle-même. — (Numa Denis Fustel de Coulanges, La Cité antique, Durand, 1864, page 103)
    6. Être maîtresse en quelque chose ou de quelque chose : être supérieure dans un domaine, être un modèle pour autrui.
      • Ô femmes ! Vous êtes nos maîtresses en fourberie ! Qui peut lutter contre vous ? — (Nicolas Edme Restif de La Bretonne, Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé, 1796, page 173)
    7. (Figuré) Celle qui domine, gouverne.
      • Il s’inclinait devant la nécessité, maîtresse des hommes et des dieux, et il terminait la lecture du classement par les noms de Morlot, Laboriette et Chazal, sans commentaire inutile. — (Anatole France, La Vie en fleur, Calmann-Lévy, Paris, 1925, page 97)
      • Tout l’acte de la construction exige une coordination aussi parfaite que possible entre la mimique, la figuration et la musique, laquelle est ici souveraine maîtresse et doit commander l’action des personnages et des matériaux mouvants. — (Paul Valéry, Variété III, 1936, page 108)
  2. Celle qui a quelque chose en sa possession ou en sa puissance.
    1. Propriétaire d’un bien.
      • À quoi songes-tu donc ? s’informa la maîtresse du logis, surprise de l’inattention qu’elle lisait dans les yeux de l’artiste. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    2. (En particulier) (ÉlevagePossesseuse d’un animal domestique.
      • La maîtresse d’un chat, d’un chien, etc.
      • Puis elle [la chèvre] se roula gracieusement sur les pieds de sa maîtresse, sollicitant un mot ou une caresse ; mais l’accusée resta immobile, et la pauvre Djali elle-même n’eut pas un regard. — (Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, Librairie Ollendorff, Paris, 1904, page 258)
    3. Celle qui a quelque chose ou quelqu’un sous sa domination, sous son contrôle.
      • Croyez-vous que la Compagnie n’a pas autant à perdre que vous, dans la crise actuelle ? Elle n’est pas la maîtresse du salaire, elle obéit à la concurrence, sous peine de ruine. — (Émile Zola, Germinal, G. Charpentier, Paris, 1885, page 247)
      • Si un projet de débarquement en Angleterre avorta, comme avortera celui de Napoléon, partout, de l’Océan Atlantique à l’Océan Indien, nos escadres avaient tenu les Anglais en échec, et le bailli de Suffren s’illustra comme un de nos plus grands marins. L’Angleterre n’était plus la maîtresse incontestée des mers. — (Jacques Bainville, Histoire de France, Nouvelle Librairie nationale, Paris, 1924, page 528-529)
      • Quand je suis dans mes mauvais moments je ne suis plus tout à fait maîtresse de mes associations d’idées — (Paul Claudel, L’Ours et la Lune, 1919, page 603)
      • La duchesse avait passé à la promulgation d’autres décrets qui, s’appliquant à des vivants, pussent lui faire sentir qu’elle était maîtresse de faire ce que bon lui semblait — (Marcel Proust, Albertine disparue, Gallimard, Paris, 1946 (1re éd. 1925), page 199)
  3. Celle qui a autorité ou fait autorité dans un domaine d’activité.
    1. Celle qui a la responsabilité, la direction d’une affaire.
      • Son ancienne maîtresse de pension de la rue de Vaugirard lui avait souvent proposé de rentrer chez elle pour y enseigner le dessin — (André Theuriet, Le Mariage de Gérard, Ernest Flammarion, Paris, 1875, page 156)
      • Madame Gélinotte !… autrefois maîtresse de poste à Châtellerault ! — (Eugène Labiche, Auguste Lefranc, Deux Papas très-bien, Calmann-Lévy, Paris, 1898, page 426)
      • Elle danse, comme devant, et connaît trois puissants dieux : le directeur du Grand-Théâtre, la maîtresse de ballet et le patron de l’hôtel — (Colette, L’Envers du music-hall, 1913, page 128)
      • Celle qui dirige des employés, des subordonnés.
      • Je dis et maintiens, continuait Marcel, qu’on peut et doit faire l’éloge des grisettes, et qu’un usage modéré en est bon. Premièrement, elles sont vertueuses, car elles passent la journée à confectionner les vêtements les plus indispensables à la pudeur et à la modestie ; en second lieu, elles sont honnêtes, car il n’y a pas de maîtresse lingère ou autre qui ne recommande à ses filles de boutique de parler au monde poliment ; — (Alfred de Musset, Nouvelles et Contes. II, Charpentier, Paris, 1888, page 242)
    2. Titre exprimant un degré de qualification professionnelle ou le statut qui y est attaché.
      • Elle m’a prouvé qu’elle reste une maîtresse femme de ménage — (Jules Renard, Journal (1887-1910), éditions Bernouard, Paris, 1925-1927, page 676)
    3. Être, passer maîtresse en, dans quelque chose : être très habile dans cette chose.
      • Vous voilà maîtresse passée en fait de ressources d’esprit et de patience — (Maurice de Guérin, Correspondance, 1837, page 281)
      • Aucune dame de Shyraz, ni même de toute la province de Fars, ne pouvait prétendre à manier cette arme dangereuse, la pantoufle, aussi adroitement que Bibi-Djânèm, passée maîtresse en ce genre d’escrime. — (Arthur de Gobineau, Nouvelles asiatiques, Didier, Paris, 1876, page 158)
  4. Celle qui enseigne, instruit, qui a des élèves, des disciples.
    1. (Éducation) Celle qui enseigne les matières élémentaires aux jeunes enfants, maîtresse d’école, préceptrice.
      • Tu vas maintenant apprendre le français, l’histoire, la géographie et l’arithmétique… Ta maîtresse viendra trois fois par semaine — (Gyp, Souvenirs d’une petite fille, 1927, page 67)
      • […], nous arrivions en classe la bouche en feu et les larmes aux yeux, tant le piment était fort. Cela consternait la maîtresse de français, qui ne voyait pas quel plaisir nous pouvions y trouver. — (Françoise Vergès, À vos mangues !, traduction de Dominique Malaquais, dans Politique africaine, 2005/4, nº 100, p. 315)
    2. (Éducation) (Vieilli) Celle qui enseigne une discipline.
      • Il vint chez nous, pour nous deux, trois fois par semaine, un maître d’écriture, un maître de danse, une maîtresse de musique. — (George Sand, Histoire de ma vie, Wolfgang Gerhard, Leipzig, 1855, page 106)
      • Pour le Grec, en effet, la nature est une conseillère d’élégance, une maîtresse de droiture et de vertu ; la « concupiscence », cette idée que la nature nous induit à mal faire, est un non-sens pour lui. — (Ernest Renan, Saint Paul, Michel Lévy, 1869, page 205)
      • L’année 1636 est l’année capitale pour nous, et dans laquelle tous les fils de notre histoire arrivent, se rejoignent et font nœud ; il faut compter : retour de la mère Angélique à Port-Royal (elle y a charge de maîtresse des novices et y fait des conférences qui renouvellent l’esprit) — (Charles Augustin Sainte-Beuve, Port-Royal, Hachette, 1878, page 334)
  5. Appellatif utilisé pour s’adresser à une personne importante.
    • Courez aux Buttes… La maîtresse Honorine, vite, vite ! — (Roger Martin du Gard, Devenir, 1909, page 194)
  6. (Familier) Amante, partenaire sexuelle en dehors du mariage.
    • C’était un amant qui allait s’instruire de son sort à la cabane de sa maîtresse. — (François-René de Chateaubriand, Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert)
    • Encore ! s’écria Alice. Vous ne plaisez donc qu’à des types mariés vous deux ? Et tu es sa maîtresse naturellement ! — (Colette ; Le Toutounier, 1939)
    • Je savais aussi qu’il y avait des abonnés qui avaient droit au foyer et que nombre de ces abonnés avaient pour « maîtresses » (mot que j’ai toujours abhorré parce qu’il me fait penser à « maîtresse d’école ») des danseuses. — (Michel Leiris, L’âge d’homme, 1939, collection Folio, page 45.)
    • Mais la maîtresse de nos jours ne se contente plus du flan et de la galette ; quand elle accroche un fils de bourgeois, elle exige de la soie, des fourrures et du palissandre. — (Paul Lafargue, « Sapho », paru dans Le Socialiste, 2 janvier 1886)
    • Cette gentillesse qui abrégeait les formes et supprimait les fadaises ridicules que tout garçon se croit tenu de débiter à la belle fille dont il essaie de faire sa maîtresse, m’avait séduit. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • Les négociants en ânes qui vivaient hors de chez eux à longueur de temps et étaient absents huit à neuf mois dans l’année ne pouvaient éviter d’avoir une maîtresse quelque part. — (Liu Zhenyun , En un mot comme en mille, traduit du chinois par Isabelle Bijon & Wang Jiann-Yuh, Éditions Gallimard, 2013, chapitre 2)
  7. (Par extension) Personnification d’une addiction.
    • Mais la passion du métier est moins forte que l’amour de la bouteille. Cette maîtresse exigeante et de plus en plus tyrannique l’engage dans quelques mésaventures fort dommageables avec un éphémère associé. — (Louis Chabert, Une enfance en hiver, La Fontaine de Siloé, Montmélian, 2006, page 80)

Variantes orthographiquesModifier

SynonymesModifier

DérivésModifier

Vocabulaire apparenté par le sensModifier

TraductionsModifier

→ voir maitresse

Forme d’adjectif Modifier

Singulier Pluriel
Masculin maître
\mɛtʁ\

maîtres
\mɛtʁ\
Féminin maîtresse
\mɛ.tʁɛs\
maîtresses
\mɛ.tʁɛs\

maîtresse \mɛ.tʁɛs\

  1. Féminin singulier de maître.
    • Or, si Pline revenait en ce monde, il verrait la chirurgie maîtresse de ces trois maux, tailler ou lithotritier les calculeux, réséquer ou gastro-entérostomiser les ulcères de l’estomac et attaquer, en plein crâne, la névralgie trifaciale. — (Jean de Gourmont, Émile Forgue, Henri Bouquet, L’euthanasie en France au début du xxe siècle : quelques réflexions d’époque sur Encyclopédie thématique sur l’inaptitude, 4 mars 2006)
    • Œuvre, pensée, qualité maîtresse : œuvre, pensée, qualité principale

Variantes orthographiquesModifier

DérivésModifier

PrononciationModifier

AnagrammesModifier

Voir aussiModifier

RéférencesModifier